Interview

Tous les Francs-Comtois se sont-ils livrés ? Quelle expérience de la guerre les civils ont-ils retenu ? 

Marie-Madeleine Bourquin, Franc-Comtoise d'origine, nous fait part de ses souvenirs et de sa manière de les transmettre dans une interview émouvante :

 

Ecoutez en même temps que vous lisez l'interview de Mme Bourquin :

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 Marie-Madeleine Bourquin

 

TPE : Où est-ce que tu habitais quand il y eu la guerre ?

Mme Bourquin : Alors, à Badevel.

TPE : En Franche-Comté ?

M.M.B : En Franche-Comté, bien sûr, à Badevel, c'est dans le Doubs.

TPE : Quel âge tu avais quand la guerre a éclaté ?

M.M.B : Quatorze ans.

TPE : Et est-ce que, pendant la guerre, tu as travaillé ?

M.M.B : Non, parce que... Je ne travaillais pas, je remplaçais ma maman. J'étais à la maison parce que, comme ma mère était morte... J'avais six frères ! Donc, il y en avait un qui était marié, et puis trois prisonniers de guerre.

TPE : Est-ce que tu peux nous raconter brièvement ce que tu as vécu, toi ?

M.M.B : La peur, la peur des allemands. On était occupés quand même ! La France était coupée en deux, pratiquement. Tout le midi était libre, et nous, occupés. La peur, la faim :  on manquait de tout. A part ça, ma foi... Les privations, le souçi : à six heures, on devait plus avoir de lumières nulle part. C'est-à-dire que, l'hiver, il fait nuit à six heures ! On allait chercher notre lait à la ferme avec une lampe de poche, camouflée avec un papier bleu. J'allais chercher mon pain, mon lait, chez un paysan et on lui demandait un rutabaga : c'est ni plus, ni moins qu'un chourave.  Mais c'étaient des drôles de gens, je t'assure qu'ils te donnaient ça au compte-goutte. D'ailleurs, je vais te dire, c'est les paysans qui étaient des salauds ! Parce qu'ils nous les vendaient ! Alors que c'était une nourriture d'animaux ! Les chouraves, ils les donnaient à leurs cochons et nous, ils nous les vendaient ! Des salauds...

TPE : Après la guerre, est-ce que tu  l'a transmis à quelqu'un, ce que tu as vécu ?

M.M.B : Non, non, non, on évitait.

TPE : Pourquoi est-ce que vous évitiez ?

M.M.B : Ben parce que, quand tu en as bavé quatre ans, tu n'as plus envie d'en parler.

TPE : Tu n'en a jamais parlé ou est-ce que ça t'est déjà arrivé d'en parler quelques fois ?

M.M.B : Oui, bien sûr, ça m'est arrivé de dire "Pendant la guerre, on avait pas de pain", voilà. Des choses comme ça.

TPE : Mais il n'y a plus personne pour témoigner de ce qui s'est passé [De la Première Guerre Mondiale, NDLR]. Il faut que les gens qui ont vécu cette guerre [La Seconde Guerre mondiale, NDLR], il nous le raconte à nous, parce que nous on ne l'a pas vécue... En tout cas merci.

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Marie-Madeleine Bourquin et Loïs Bourquin lors de l'interview

 

                   On peut voir grâce à cette interview que les conditions ont été dures en Franche-Comté et que les gens qui les ont vécues n'ont pas toujours envie d'en parler.

                   Marie-Madeleine Bourquin, a passé toute la guerre en Franche-Comté, elle a vu son père et son frère mourir, elle a supporté le manque. Badevel, la ville où elle était avant de déménager à St-Claude, est une petite commune empreinte d'histoire, occupée en 1940. Mme Bourquin est un exemple parmi d'autres. Ces autres personnes, qui comme elle, ont finalement accepté de témoigner, de nous raconter leurs souvenirs, pour que la mémoire collective ne se réduise pas à ce qu'on lit dans les livres d'histoire.

                   Avez-vous déjà entendu les gens se plaindre des paysans ?  Peut-être pas. Et même si vous le saviez déjà, ce n'est qu'un exemple pour montrer ce que les livres d'histoires ne nous communiqueront jamais : les sentiments. Et c'est ce qui forme la mémoire collective : les sentiments.

 

                     Nous avons donc pu voir que la mémoire collective était formée de témoignages plus personnels et empreints de sentiments touchants.

 

 

 

Regardez/Téléchargez l'interview de Marie-Madeleine Bourquin, 89 ans, qui a accepté de témoigner de sa propre expérience :

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